Blogue no. 17 | Les chaînes.

Voilà quelques années j’ai entendu à Radio-Canada Première, un animateur dont j’ai oublié le nom qui disait ceci : «Ne m’enlevez pas ces chaînes, j’ai pris des années à les construire!». Cela provenait du texte d’une pièce de théâtre, dont d’ailleurs j’aimerais bien connaître le nom et l’auteur.

Cette phrase m’a marquée. Elle est restée en moi et a fait son chemin. Depuis j’ai conscience de cette réalité, que j’ai, moi aussi, construis mes chaînes.

Nous en avons tous des chaînes. Nous les avons bâties avec ferveur et application. Puis, nous nous y lovons avec tendresse. Ça s’appelle le confort, la sécurité. Et nous adorons ça.

Courir permet de «lousser» ces chaînes, qu’elles nous laissent respirer un peu pour que nous puissions explorer le monde nous permettant ainsi de nous sentir vivant, de continuer à apprendre et d’aller loin. Ça nous donne aussi la force de ne pas nous asseoir et de nous endormir dans notre propre pièce de théâtre. Il n’y a pas que la course qui permet cela, je le sais bien. Mais la course est un moyen sûr qui est juste l’autre côté de votre porte.

Ma grosse chaîne à moi c’est la peur de souffrir. J’ai développé, jeune, une grande intolérance. J’ai compris voilà bien longtemps, on ne m’y prendra plus. Je n’aurai plus mal.

Sauf que j’aime courir. J’adore courir et courir, parfois, fait mal. On peut faire ce que l’on veut de la course à pied. C’est un peu comme de la farine, on peut en faire un gâteau de mariage, une crêpe et même de la colle. Avouez que c’est pratique autant de polyvalence!

La course, on peut en faire une thérapie, un loisir, une façon de rencontrer des gens fantastiques, un plan de remise en forme, une façon de se redonner de la confiance, de devenir plus fort, etc. Tout ça. N’essayez pas avec le golf, la pétanque ou le wakeboard. Je veux dire, la course, ça mène à tout et surtout à soi. Le soi que nous perdons souvent de vue.

Et dans le soi, il y a des chaînes qui nous tiennent solidement.

Ces chaînes, elles n’attendent que ça se faire briser par notre volonté, par notre «guts».

J’ai couru le week-end dernier le Défi Bleu de Martinique. Le départ était à 22h samedi soir. Courir dans la nuit un 59 km de boue, de côtes complètement malades, de sentiers si glissant qu’il fallait s’accrocher aux cordages pour ne pas tous tomber les uns sur les autres, c’était épique.

Passer une nuit à faire ça.

Mais voilà, habituellement je dors la nuit. Je ne m’en vais pas caracoler avec des amis dans le milieu de la nature martiniquaise par la grande noirceur et pour toute la nuit!

J’avais la trouille depuis quelques jours, mais je ne le disais à personne. J’ai quand même ma réputation à garder vivante. Mais une crevaison, oublier mes runnings, une mini blessure, n’importe quoi qui aurait fait que samedi soir je me serais dirigée vers mon doux lit, aurait fait l’affaire voyez-vous. J’attendais d’être sauvée par le hasard. Vous connaissez le «shit happens», bien je l’attendais. Il n’est pas venu. Il ne m’a pas sauvé.

À 22h, juste avant le départ, j’avais la trouille.

J’avais peur des araignées qui selon Google volent dans ce coin-là. J’avais peur du tunnel où les chauves-souris sont là et tournoient autour de vous. J’avais peur des moustiques, des serpents venimeux, de la maladie leptospirose qui est dans les forêts ici. J’avais peur de me perdre, que ma frontale me lâche, que je ne sois plus capable de continuer par manque de sommeil, etc. J’étais bien occupée à avoir peur de tout ça! J’en avais de la misère à voir à quel point j’étais chanceuse d’être là avec mes amis, de vivre ce moment.

J’ai passé la nuit à courir. Mais surtout j’ai passé la nuit à ne pas avoir trop peur. Je me calmais tout au long des kilomètres, j’avançais tout doucement avec mes amies. Avancer c’est probablement ce qui aide le plus à détruire les peurs.

Puis, au matin après 10h51 de course, nous sommes arrivées, mes deux amies Karine et Diana, et moi, radieuses et en super forme.

Mes peurs, elles avaient sacré le camp. Avez-vous déjà vu quelqu’un rester quand vous ne vous occupez pas de lui? C’est pareil pour les peurs. Je les ai ignorées toute la nuit, trop occupée à regarder la voûte céleste, la lune qui avait une forme et la couleur d’un quartier d’orange, à écouter la forêt, à faire connaissance avec les autres coureurs que nous croisions, à respirer les odeurs nouvelles. Et, dans cette nuit, à m’apercevoir que je suis bien plus forte que je croyais. Que ce que je ne connais pas continue à me faire peur malgré ma grande confiance en moi.

C’est toujours pareil, la seule façon de voir notre force c’est de l’utiliser, c’est de la lancer vivement sur le mur et de la voir rebondir et nous amener loin avec elle.

Et au passage, mettre aux poubelles, les peurs petites et grandes.

Et là maintenant, je me tiens devant vous, et je suis prête à d’autres défis qui avant me faisaient peur.

Je suis gagnante, vous ne trouvez pas?

P.S.: Bravo à mes amies Karine et Diana qui sont des championnes! Nous avons fait un superbe travail ensemble!

Première journée de course pour adaptation à la chaleur. Ouf, mon look après seulement 4 km!

Deuxième sortie d’adaptation à la chaleur. C’est beau la Martinique!

On vient de ramasser nos dossards. Ça s’en vient!

On nous dit d’apporter obligatoirement une timbale. Heu, j’ai pas ça moi! On va en fabriquer une!

Le matin même, je défais le bloc d’alimentation..

..comment elle va tenir ma frontale sans son bloc d’alimentation?

Mon vieux sac est décousu. Heu, j’avais pas vu ça! Bon, trouver un kit de couture puis refaire le geste que je n’avais pas fait depuis des années! La course, ça mène vraiment à tout!

Je crois que j’ai pensé à tout!

J’ai oublié mes bas de compression et il paraît qu’à cause de la maladie leptospirose, qui sévit dans les milieux humides de la forêt, il est préférable de porter des vêtements longs. 

Merci Simon pour tes bras de compression, je vais les découper en faire des bas de compression et des poignets pour s’essuyer le front quand ça travaille trop fort! Ha ha ha!

Un virgin colada (un drink sans alcool) juste avant de prendre l’autobus!

Ça monte en «calvaire» ici!!

Karine est tombée et s’est fait une bonne contusion. Allez courage!

Glisser ici c’est normal!

Le meilleur ravito avec de la bonne bouffe et de la musique de la Martinique!

Le lever du soleil après huit heures de course. Il était attendu celui-là!

Une pause au 50e km pour regarder le superbe paysage qui s’offrait à nous et immortaliser le tout!

Au 51 km, allez! On finit ça en beauté les filles!

Spectateurs.

Le mot de la fin! Je vais le porter fièrement ce chandail!

Voici le parcours de notre 59 km!

29 Comments

  1. Yann Camus 22/12/2017 at 14:52 - Reply

    Merci Josée pour le récit! Très inspirant! Bravo!

  2. Michèle 22/12/2017 at 10:17 - Reply

    Wow très inspirante Josée, merci!

  3. Anne-Marie 17/12/2017 at 08:41 - Reply

    Surmonter ses peurs et aller jusqu’au bout… félicitations!
    Un message bien inspirant. Merci!

  4. Karine 13/12/2017 at 21:55 - Reply

    Tellement un beau résumé du défi que nous avons relevé!!! WoW, merci Josee! Mais juste une petite correction… tu n’as pas vraiment parlé de tes peurs avant la course, mais nous les sentions… ? c’est fou comme nos peurs peuvent nous trahir!

    • Josée Prévost 14/12/2017 at 06:09 - Reply

      C’est vrai que nous étions les trois bien courageuses malgré la peur que nous avions au ventre!! Merci à toi, ça a été une expérience extraordinaire!

  5. Yves Ledoux 12/12/2017 at 19:51 - Reply

    Vous pouvez tous être très fiers de ces réalisations. Les chaînes, la peur,la nuit puis la levée du jour sur l’accomplissement,le partage. Merci et félicitations

  6. Rachel 12/12/2017 at 18:04 - Reply

    Bravo tout un défi, soyez fiere de vous car c’est pas tout le monde dont moi qui serait capabel de le faire. vous etes un exemple de courage et de perseverence encore felications a vous.

  7. Jasmine Boudreau 12/12/2017 at 17:40 - Reply

    Wow bravo et merci de m’encourager par vos expriences de course. J’aime beaucoup vous lire car je fais de la course en solo la plus part du temps.
    Vous êtes une motivation.

    • Josée Prévost 13/12/2017 at 11:58 - Reply

      Merci Jasmine! Si je peux, par mes mots, donner un p’tit peu de motivation aux gens, ça me donne le goût de continuer à écrire.

  8. Hélène Deschênes 12/12/2017 at 16:54 - Reply

    Josée, j’adore te lire. Tes récits sont toujours inspirant et très touchant. Bravo et continue !

  9. Manon 12/12/2017 at 16:31 - Reply

    Josée vous êtes des championnes,des battantes et surtout pas des peureuses. Bravo et encore une fois quel beau récit. Merci de partager avec nous!!

    • Josée Prévost 13/12/2017 at 11:59 - Reply

      Merci Manon! Nous nous sentions des championnes à l’arrivée! Tout un feeling! 🙂

  10. Pierre Clermont 12/12/2017 at 14:50 - Reply

    Hé mon doux que je me suis revu à 3h30 du matin au Bromont Ultra avec cette même sensation de peur, d’ignorance surtout, car finalement on se reconstruit tout en défilant dans les sentiers. Bien sûr, pas de danger d’araignées volantes ou de maladies tropicales, mais cette peur de l’inconnu, de décevoir, d’avoir l’air débutant au côté de coureurs aguerris, cette trouille qui te colle à la peau, finalement, on s’accroche au terrain, aux côtes qu’il faut monter de peine et de misère ou à redescendre à la lueur de la frontale. Mais quelle sensation quand on se rend compte que nous sommes en quelque sorte un peu guerrier et qu’on est capable nous aussi de faire aussi bien. Bravo pour cette belle réussite. En attendant, il faut aller pelleter… Merci d’avoir partagé ces beaux moments avec nous.

    • Josée Prévost 13/12/2017 at 12:00 - Reply

      Merci Pierre pour ce beau commentaire! C’est vrai qu’au fond de nous il reste des parcelles de guerrier qui aident à réussir de tels défis! 🙂

  11. Maryse 12/12/2017 at 14:34 - Reply

    Je viens de lire ton blog, wow, je n’ai pas d’autres mots que wow … j’ai pleuré pourquoi je ne le sais pas encore mais je le saurai un moment donné. Mes peurs viennent de sortir probablement… un message que je dois décrypter. Toujours aussi inspirante pas croyable Josée BRAVO à toi et à vous les filles et chacuns des coureurs présents à cette course. #veryproud

    • Josée Prévost 13/12/2017 at 12:01 - Reply

      Merci Maryse pour ton partage. Les peurs, elles tentent de nous tenir en laisse, mais on est plus fortes que ça!! Bonne continuité! 🙂

  12. mireille chassé 12/12/2017 at 13:56 - Reply

    Merveilleux , passionnant à lire .
    Fan sans borne votre courage remplit ma vie et celle d `autres gens comme moi .
    Malgré des inconvénients vous réussissez à vous en sortir avec tout ce qui vous entoure.
    Félicitation à vous et vos compagnes de course .

  13. Marie-France Lanoie 12/12/2017 at 13:36 - Reply

    Bravo , quelle détermination ! Ces commentaires sont inspirants. Merci de nous les partager.

  14. Laurent 12/12/2017 at 13:12 - Reply

    Bravo! Très bel article, bien écrit et tellement inspirant! Vive la course (et le dépassement de soi en général) pour des victoires une peur à la fois.

    • Josée Prévost 13/12/2017 at 12:03 - Reply

      Merci Laurent! Une peur à la fois de mise à la poubelle et nous voilà plus léger! 🙂

  15. Isabelle Lemelin 12/12/2017 at 12:40 - Reply

    Wow ! Tu ne cesses de m’impressionner Josée ! Quelle inspiration !

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