Blogue no. 20 | Fortifications en cours

Pour continuer à avancer et à se développer, il faut parfois s’arrêter, ralentir un peu et se donner le temps de réfléchir. Se poser quoi. C’est comme ça dans tout. Dans la course évidemment et c’est aussi comme ça à la MDLC. Cette année nous sommes à fortifier notre Maison. À en faire un fort, solide et bien ancré. C’est réellement passionnant surtout que nous sommes une équipe fantastique et qu’ensemble il n’y a pas de limite autant au niveau du plaisir que de la destination!

Fortifier. Pourquoi pas? À l’ère des succès instantanés, ça semble contre-productif, mais pour nous en ce moment, c’est tout le contraire. C’est le ralenti qu’il faut justement pour, plus tard, être en meilleure position. Et vous savez quoi? C’est pareil à la course. Parce que, je l’ai dit mille fois, la vie c’est comme la course et la course c’est comme la vie.

Parlons-en un peu comme ça juste pour se faire du bien.

Quel est mon objectif de course en 2018? Il y en a beaucoup! Courir avec des amis et participer à des courses excitantes c’est sûr! Se lancer des nouveaux défis, ça aussi! J’ai le goût de tout faire cette année. Entre autres travailler spécifiquement pour augmenter la vitesse. Ce printemps, lors de la soirée Marathon de Boston qui avait lieu à Anjou, nous étions plus de 30 coureuses et coureurs à célébrer notre succès à l’édition de cette année qui restera dans les mémoires pour avoir été la plus froide et mouillée de l’histoire! Pendant le repas j’étais assise à côté de monsieur Alain Bordeleau. Il était venu accompagné de Guylaine, sa grande complice, pour célébrer avec nous. Donc, Alain et moi papotions de course. Je le faisais parler un peu. Il y a tant à apprendre d’une telle personne. Il parlait de ses années d’entrainement quand il était au summum de sa forme et qu’il courait le marathon en moins de 2h15. Il parlait de ses plans d’entrainements très structurés. Comment il les respectait à la lettre et comment cela lui a permis d’atteindre le plus haut niveau d’excellence. Cette conversation m’a donné le goût de, moi aussi, travailler à augmenter la vitesse. Je suis partie de cette soirée complètement crinquée. Ça y était, j’avais le goût de m’entraîner plus spécifiquement ! De ne pas faire n’importe quoi. Mais voyez-vous, j’adore ça faire «n’importe quoi»!

Puis quelques jours après je me disais; et si je continuais mon travail pour devenir plus endurante pour me préparer pour un 128 km avec 6000 mètres de dénivelé aux Iles Canaries le 22 février prochain? Ça me ferait un superbe cadeau d’anniversaire de moi à moi? Cette course a justement lieu le jour de ma fête. Ou encore me préparer pour un PB au marathon et pourquoi pas casser le 3:40:00, ou … Stop! Ayeayeaye ce n’est pas des choix faciles ça!

J’aime tout de la course à pied, c’est bien ça mon problème. J’aime la trail, j’aime la piste d’athlétisme, j’aime les sorties de course jasette, j’aime les sorties de course découverte.

Au Marathon de Longueuil, je suis sortie à 21,1 km quand j’étais inscrite pour le 42,2. Je m’étais encore embarqué dans trop de défis. Là je mélangeais tout. J’ai été sage. Oui, oui, mais ça ma fait bien de la peine d’arrêter après la première boucle. Voyez-vous, je crois que je suis «coursaolique» sévère.

En affaire, j’ai la même maladie. Je veux TOUT faire. Et j’en ai jamais fait assez. Quand on me dit «Wow, bravo Josée pour la MDLC». Je rajoute toujours dans ma tête, «oui, oui mais de n’est pas encore assez. En fait, ce n’est pas grand-chose, je pourrais faire mieux, j’aurais pu faire mieux, et patati et patata». Et là, encore pire, je me compare: Oui, mais lui. M. Untel, dans le journal les Affaires, il a fait ça, pis elle, Mme Untelle, elle a fait ça. La MDLC c’est une petite affaire de rien. Toute petite que je me dis. Je ne suis absolument pas capable de me dire que c’est grand, que c’est bien, que c’est pas rien. Non c’est impossible pour moi de trouver que la job faite est à la hauteur. C’est pourquoi je suis si gênée quand on me dit des compliments. Pour moi, c’est tout juste potable ce que j’ai fait à date, c’est bourré d’erreurs, de décisions pas très brillantes. Ça me tue un peu. Je voudrais tellement faire plus et mieux. Je trouve toujours que je ne suis pas à la hauteur. Pas à la hauteur de ce que je trouve acceptable.

Cette année je me calme. Cette année on va fortifier la maison. Et on va se calmer et cesser de vouloir mettre la charrue avant les boeufs! Avec la superbe équipe actuelle de la MDLC, nous allons travailler à se renforcir et à se préparer à aller plus loin. Mais tranquillement comme un arbre. Un petit pas à la fois. Ce serait bien que j’écoute le conseil que je donne souvent aux coureurs débutants. Je leur dis toujours qu’il faut qu’ils prennent le temps de devenir meilleurs et ajouter des km. Je leur dit «Tu ne peux pas tirer sur une fleur pour qu’elle pousse plus vite, tu la casserais et c’est pareil pour toi. Donne-toi le temps».

Donc en ce moment au menu il y a de faire de la MDLC une entreprise plus forte, plus solide. C’est également le menu pour la coureuse que je suis. Plus forte et plus solide.

C’est ma réflexion depuis quelques mois. Au début juillet j’ai fait le Marathon du Mont-Blanc. Ça a été un succès total mon affaire si je le regarde par la lorgnette de l’objectif de fortification que j’ai.

Je vous raconte le Marathon du Mont-Blanc, on reviendra à la vie après. Donc voilà:

Arrivée le vendredi à Chamonix après un vol de nuit. Presque pas de sommeil dans l’avion et la nourriture que l’on m’a servie ne passe pas bien. J’ai le ventre gonflé comme un ballon de football. Ça vient et ça va ce symptôme depuis quelques années. On ne sait pas ce que j’ai. Il y a des doutes que ce doit être des intolérances alimentaires. Mais toujours ça me met un peu à terre, ça dure parfois juste quelques heures, parfois quelques jours. De l’arrivée à Genève, vendredi matin, jusqu’au départ du marathon je n’aurai pas faim et aucunement le goût de manger avec ce bedon tout rond et tout gonflé que j’ai. De plus la veille du marathon pas moyen de dormir. J’ai réussi à dormir un gros deux heures. Cette fois-ci le décalage horaire m’a frappé comme jamais.

Dimanche 1er juillet, à 6h45h je suis sur la ligne de départ toute heureuse. Le ciel est parfait, le soleil nous réchauffe déjà la couenne bien comme il faut. On sent qu’il va être là avec nous toute la journée! Je suis radieuse car je sais, que malgré mon petit corps magané, j’ai ce qu’il faut pour vivre une superbe expérience entourée de ces majestueuses montagnes. Ce quelque chose que j’ai dans ma besace c’est le fruit des fortifications en cours depuis plusieurs années, mais encore plus depuis un an et demi.

J’ai de l’expérience en fou. J’ai de l’endurance. Je sais comment ne pas laisser les mauvaises pensées m’envahir. En fait elles n’ont pas de chance avec moi. Surtout je sais que je suis privilégiée d’être là et que rien ne peut amoindrir mon bonheur. Mon petit body va suivre et il va m’amener en haut, puis en bas, puis en haut. En fait, pendant 44 km ça va bien aller, je le sais. Je n’ai aucune inquiétude. Quand on n’est pas inquiet, c’est fou ce qu’il reste d’énergie pour le reste.

Départ, près de 3000 inscrits. Le marathon est complet et j’ai dû participer à un tirage au sort pour avoir ma place. Sachant que je ne suis pas là pour une performance, je me tiens à l’arrière et je pars dans les derniers. Grosse erreur, je n’aurai jamais l’opportunité, à part à quelques très rares moments, de dépasser ou de courir librement. C’est étroit, du «single track» et il y a trop de gens. Nous sommes à la queue leu leu. Il faut suivre pas le choix. Il n’y a pas moyen de dépasser. Je ne me fais pas trop de soucis parce que je veux rapporter de belles photos. D’ailleurs j’arrête souvent pour admirer et immortaliser ça avec mon I Phone. Avec ma forme qui n’est pas optimale, partir très doucement est peut-être une bénédiction, allez savoir?

Les minutes filent, les paysages sont d’une beauté inimaginable. Et cette lumière, ce ciel d’un bleu pur, c’est trop beau pour être vrai. Ça doit pas être vrai. Puis, oui c’est bien vrai, je suis là et c’est parfait. À la fin de la matinée, la chaleur arrive avec force. Comme je suis à la queue leu leu avec la gang et que je ne peux pas pousser, je ne me magane pas du tout et ainsi tout est relax.

Puis à l’abord d’un village, un spectateur crie, «allez allez, vous allez manquer la barrière, Allez!» La barrière que je me dis? Hein? Puis un peu plus loin, «allez, vous ne ferez pas la barrière, là, allez, relancez!!»

Mais de quoi ils parlent eux que je demande au coureur derrière moi? C’est quoi la barrière? Le monsieur pense que je lui parle en anglais! Ah ben là! Je répète donc en imitant l’accent français. Et là, ils me comprennent! La dame en avant de moi, m’informe que c’est l’heure maximale à laquelle nous devons passer le prochain ravitaillement sinon nous sommes disqualifiés. Et là je flashe, je vais être disqualifiée! Je vais manquer le CUT-OFF! J’y avais jeté un oeil voilà des mois et comme c’était large comme temps accordé, j’avais classé le tout sans intérêt pour moi. Par contre je n’avais pas prévu que je ne pourrais pas courir, que je serais prise dans un immense bouchon de circulation tout au long de la course! Alors là, avec un sursaut d’adrénaline, j’ai fait le kilomètre suivant le plus vite que je pouvais et j’ai passé la fameuse barrière avec une minute trente de jeu. Une minute trente de plus et je ne pouvais continuer mon marathon! Ils m’auraient obligé à arrêter! Quelle catastrophe ça aurait été! Ouf! Un peu avant midi j’aurais été obligé d’arrêter tout ça!

Au total, plus de 440 coureurs n’ont pas fini ou n’ont pas passé la barrière à temps!

À partir de là j’ai toujours gardé en tête la barrière. J’ai tenté de dépasser ou je le pouvais et d’avancer un petit peu plus que la foule sauf que plus le soleil était haut et chaud, plus je sentais que ma condition du matin ne m’aidait pas du tout. Mais quand même, je n’ai pas embarqué du coté de la souffrance. À aucun moment je n’ai eu mal aux jambes ou à quelques endroits que ce soit. Je sentais d’ailleurs que ce n’aurait pas été une bonne idée de pousser plus, que je l’aurais payé cher. Je ne suis pas allé de ce côté. La sagesse et l’expérience, ça permet cela; de rester du bon côté de la force! Ça m’a permis de sourire tout le long et d’être juste bien. Vous savez, être bien, être dans le «flow».

Ça a été une magnifique expérience. Ce n’est pas imaginable toute cette beauté. J’y retournerai c’est sûr. Mais là j’ai le goût de courir plus loin. Avec ce petit body de plus en plus fort. Le week-end passé j’ai couru le 50 miles (80 km) à Squamish au BC. Très beau et très différent du Mont-Blanc. Ça m’a pris 13h19 minutes. Le lendemain j’étais en super forme. Trois jours après je réservais mon premier 160 km! Je serai une «hundred miler» comme ils disent aux USA. Ce sera en Nouvelle-Écosse à la mi-août 2019. J’ai un an pour devenir plus forte, plus endurante. Quand on est fort, on peut s’élancer vers nos prochains défis. L’important c’est d’être fort. C’est si simple, non?

Et toute cette force elle me permet de bien vivre toutes les petites folies du quotidien. Sans trop me faire de soucis. Je sais que j’ai ce qu’il faut pour continuer. Pour avancer toujours avec le sourire en coin comme si c’était un jeu.

C’est la vie, être fort permet tous les défis! Etre fort c’est une immense liberté.

Miam.

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